Les pêcheurs de l'extrême vus par Marcel Mochet
« La grande pêche est celle où l'on rencontre le plus d'accidents, raconte Marcel Mochet. C'est un métier très dur, de moins en moins payé, mais les hommes ne lâcheront jamais. Ils sont fiers, passionnés. » :
Le journaliste-photographe a vécu plusieurs mois à leurs côtés. Une exposition à voir absolument.
Marcel Mochet est photographe à l'Agence France Presse. Pendant six mois, il a partagé le quotidien de marins pêcheurs, embarqués sur plusieurs bateaux usines, dont le plus grand chalutier et le dernier morutier français.
De ce périple en mers d'Irlande, de Norvège et d'Écosse, ainsi que dans les Quarantièmes rugissants et les Cinquantièmes hurlants, le journaliste a rapporté un bon millier d'images. Une petite centaine est exposée jusqu'à jeudi dans le « hangar à patates », juste à côté du village entreprises.
Tous ces clichés retracent le quotidien des hommes du bord. On y côtoie des visages marqués par la dureté du travail dans des creux de 15 ou 20 m parfois, par l'extrême fatigue et puis l'alcool, même s'il est prohibé sur tous les navires.
« Des hommes fiers »
« La grande pêche est celle où l'on rencontre le plus d'accidents, raconte Marcel Mochet. Je fais souvent un parallèle avec les mineurs d'antan. C'est un métier très dur, de moins en moins payé, mais les hommes ne lâcheront jamais. Ils sont fiers, passionnés. Ils ne se plaignent jamais de leurs conditions de travail. »
En général, seul l'encadrement est français. Les autres sont Portugais, Ukrainiens, Polonais, Espagnols, Russes ou encore Africains. « Ce sont tous de très bons marins. Sur l'un de mes embarquements, j'ai rencontré un Polonais. Il avait emmené son fils avec lui. Le jeune a eu un peu de mal au début. Mais au moins, il gagnait de l'argent au lieu de rester au chômage. »
« Des pêcheurs émus »
Avant de faire ses photos, le journaliste a dû poser ses boîtiers et prendre le temps de discuter avec les pêcheurs. Pour les apprivoiser. À partir du moment où ils l'ont oublié, il a pu commencer à travailler. Tous ses clichés feront certainement un livre un jour.
« Des pêcheurs viennent me voir durant les Fêtes maritimes. Beaucoup sont très émus. Ils peuvent, ainsi, montrer à leurs proches ce qu'est leur travail en mer. D'autres visiteurs me disent que ces hommes sont des bagnards des temps modernes. Je leur dis que non. »
Les deux albatros
L'image qui plaît le plus aux marins ? « Incontestablement celle où l'on voit deux albatros dans les mers du sud. Ces oiseaux présentent 3,50 m d'envergure. Ils annoncent toujours les Quarantièmes rugissants et les Cinquantièmes hurlants. » Une immensité impressionnante, perdue au milieu de nulle part.
« Depuis l'île de la Réunion, on met dix jours pour descendre là -bas. Arrivé sur place, la terre la plus proche est à 3 000 km environ. Pendant deux mois, je n'ai entendu qu'un seul écho radar. Celui du navire qui devait me ramener à la Réunion. D'un endroit comme celui-là , on revient forcément changé. »