Une caméra, ça change la vie des gens !
Le port sablier du Rohu, à Lanester, sur la rive du Blavet, a servi de décor au tournage d'un film joliment poétique, joué par des habitants qui n'ont jamais joué de leur vie. Photo : DR
À Lanester, dans le Morbihan, la vie c'est comme au cinéma. Une fois par an, des habitants quittent la réalité pour la fiction. Moteur !
Il y a d'abord eu Orson Whales. C'était en 2007. Après avoir franchi la rade de Lorient, une baleine remontait le Blavet. À Lanester, plus de vingt comédiens amateurs l'ont attesté devant la caméra.
« Pour faire ce film, nous avions recruté des gens de tous milieux et de tous âges, qui n'avaient jamais joué quoi que ce soit. » Directeur de l'Embarcadère, compagnie de théâtre locale, Alain Kowalczyk a fait lui aussi très humblement ses premiers pas dans le cinéma, dans le cadre du contrat urbain de cohésion sociale signée avec la ville.
« Quand j'ai dit au maire qu'Orson Whales se profilait pour devenir un gros canular, Thérèse Thiéry a d'abord été troublée. Puis elle m'a dit : ' Eh bien, ça n'a aucune importance, il faudra croire à votre histoire car nous avons tous besoin de rêve et de poésie. ' » L'élue municipale est même passée devant la caméra, endossant le rôle de la responsable qui assure à la population « que tous les moyens seront déployés pour faciliter le retour de l'animal en pleine mer. »
Gigantesque bac à sable
Voilà du pain bénit évidemment pour l'équipe de tournage. Au passage, Alain Kowalczyk note l'aisance avec laquelle les gens se placent aujourd'hui devant une caméra : « Le rapport à l'image s'est simplifié, tout le monde a ou sait ce qu'est un caméscope. »
Cette décontraction, le réalisateur l'a retrouvée en avril lorsqu'il s'est agi de tourner 7 d'un coup. Pour ce deuxième court métrage, une dizaine d'habitants ont passé huit jours au port sablier du Rohu, un lieu étrange à deux pas de la ville, où d'immenses bateaux déchargent leur cargaison.
Le scénario raconte la vie d'une bande de « bienheureux » qui passent leur temps à tamiser le sable « pour ramasser un clou, une bille... » Cette marginalité poétique, Alain Kowalczyk la revendique pour tous les adultes qui n'ont pas quitté les rives de l'enfance. « Ceux pour qui une simple flaque devient la mer ; cette rigole un peu boueuse, le fleuve Niger et là -bas, l'Amazone... Ça devient réel quand tout le monde y croit ».
De cette aventure humaine, le réalisateur retient le besoin que nous avons tous de créer des univers parallèles à la réalité. « Les gens sont avides de fiction. C'est la magie du cinéma. Tout est faux, mais ça marche quand même, immédiatement. » Si le tournage de 7 d'un coup a été discret, la projection du film, dimanche après-midi à Lanester, aura un air de festival de Cannes. Pas de Croisette, pas de tapis rouge, pas de vedette. Mais il suffit d'y croire !
Jérôme GAZEAU.