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dimanche 16 novembre 2008

Stéphanie se passionne pour le sexe des mouches

Philippe Renault
Les recherches de Stéphanie Le Bras sur les mouches servent à faire progresser la recherche génétique. : Philippe Renault

La 17e Fête de la science permet de découvrir pendant une semaine le travail des chercheurs... et chercheuses, qui ne forment que le tiers des effectifs. Rencontre avec Stéphanie Le Bras, spécialisée en recherche génétique.

Stéphanie Le Bras est passionnée par les mouches. A priori, ces minuscules êtres marron n'ont rien pour inspirer l'enthousiasme. Pourtant, cette chercheuse en biologie du développement de l'université de Rennes I passe des heures à les bichonner, les faire pondre dans des tubes à essai, les observer au microscope. Les drosophiles, alias mouches du vinaigre, sont un formidable terrain d'études. « Elles sont géniales ! Elles nous apprennent beaucoup en matière de génétique. »

Stéphanie s'intéresse, entre autres, à ce qui se passe dans... les testicules de mouches. Celles-ci produisent des cellules souches. Sous l'impulsion de protéines différentes, elles se divisent en d'autres cellules souches, ou en cellules de spermatozoïdes. « C'est ce mécanisme d'envoi des protéines que j'étudie. »

Combattre les maladies génétiques

Combien de fois Stéphanie a-t-elle entendu : « Quel intérêt de travailler sur des mouches ? » La jeune femme sourit : « Nos travaux permettent de progresser dans le traitement des maladies génétiques, comprendre la stérilité chez l'humain... » Et ce, malgré le fossé qui sépare la mouche de l'homme. « Cet insecte permet d'avancer sur ce modèle plus compliqué qu'est l'homme. »

L'étage de Stéphanie est un vrai zoo. « Nous avons des vers, des crapauds, des souris, des rats... Même des oeufs de crocodiles ! Chaque équipe travaille sur un morceau de l'histoire, nous confrontons nos découvertes, c'est ainsi que la vérité jaillit. C'est ça la science. » Elle pense à Sarah Palin, la colistière de MacCain, qui s'est distinguée pendant la campagne en disant : « Savez vous qu'en France, des gens gaspillent de l'argent à travailler sur les drosophiles ! » Et peut lui répondre : « Grâce à elles, on a découvert qu'un envoi de protéine défectueuse pourrait être à l'origine de l'autisme. »

Cette Parisienne de 35 ans a toujours voulu « comprendre le pourquoi du comment, le développement d'un être vivant. » Douée pour les sciences, elle se lance dans des études de biologie. « Les filles y sont majoritaires, à la différence des autres sciences « dures » que sont les maths, la physique, la chimie... » Elles sont nombreuses aussi dans les laboratoires de biologie, alors que toutes disciplines confondues, les chercheuses françaises ne forment que 28 % des effectifs. (1)

Dans les labos, une sélection naturelle

C'est ensuite que la sélection naturelle s'opère... « Aux plus bas niveaux, il n'y a que des filles. Plus on monte dans la hiérarchie, moins il y en a. Quasiment tous les patrons sont des hommes ! » Si elle le déplore, elle en connaît les raisons. « Elles sont aussi bonnes que les hommes, mais ont moins confiance en elles. Et la recherche est exigeante, on passe des heures à enseigner et dans les labos. Cela peut freiner celles qui ont des enfants. »

La situation est meilleure qu'aux États-Unis, où les chercheuses s'arrêtent lorsqu'elles sont mères. Et en France, Stéphanie note des évolutions. « Quand j'étais étudiante, le peu de femmes qui avaient réussi avaient des caractères épouvantables ! Aujourd'hui, les chefs d'équipe que je connais sont loin d'être des tueuses. »

Florence PITARD.

La Fête de la science du ministère de l'Enseignement et de la Recherche propose du 17 au 23 novembre ateliers, rencontres, expositions. www.fetedelascience.fr

(1) Chiffres Commission européenne 2006.

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