
Stéphanie s'intéresse, entre autres, à ce qui se passe dans... les testicules de mouches. Celles-ci produisent des cellules souches. Sous l'impulsion de protéines différentes, elles se divisent en d'autres cellules souches, ou en cellules de spermatozoïdes. « C'est ce mécanisme d'envoi des protéines que j'étudie. »
Combattre les maladies génétiques
Combien de fois Stéphanie a-t-elle entendu : « Quel intérêt de travailler sur des mouches ? » La jeune femme sourit : « Nos travaux permettent de progresser dans le traitement des maladies génétiques, comprendre la stérilité chez l'humain... » Et ce, malgré le fossé qui sépare la mouche de l'homme. « Cet insecte permet d'avancer sur ce modèle plus compliqué qu'est l'homme. »
L'étage de Stéphanie est un vrai zoo. « Nous avons des vers, des crapauds, des souris, des rats... Même des oeufs de crocodiles ! Chaque équipe travaille sur un morceau de l'histoire, nous confrontons nos découvertes, c'est ainsi que la vérité jaillit. C'est ça la science. » Elle pense à Sarah Palin, la colistière de MacCain, qui s'est distinguée pendant la campagne en disant : « Savez vous qu'en France, des gens gaspillent de l'argent à travailler sur les drosophiles ! » Et peut lui répondre : « Grâce à elles, on a découvert qu'un envoi de protéine défectueuse pourrait être à l'origine de l'autisme. »
Cette Parisienne de 35 ans a toujours voulu « comprendre le pourquoi du comment, le développement d'un être vivant. » Douée pour les sciences, elle se lance dans des études de biologie. « Les filles y sont majoritaires, à la différence des autres sciences « dures » que sont les maths, la physique, la chimie... » Elles sont nombreuses aussi dans les laboratoires de biologie, alors que toutes disciplines confondues, les chercheuses françaises ne forment que 28 % des effectifs. (1)
Dans les labos, une sélection naturelle
C'est ensuite que la sélection naturelle s'opère... « Aux plus bas niveaux, il n'y a que des filles. Plus on monte dans la hiérarchie, moins il y en a. Quasiment tous les patrons sont des hommes ! » Si elle le déplore, elle en connaît les raisons. « Elles sont aussi bonnes que les hommes, mais ont moins confiance en elles. Et la recherche est exigeante, on passe des heures à enseigner et dans les labos. Cela peut freiner celles qui ont des enfants. »
La situation est meilleure qu'aux États-Unis, où les chercheuses s'arrêtent lorsqu'elles sont mères. Et en France, Stéphanie note des évolutions. « Quand j'étais étudiante, le peu de femmes qui avaient réussi avaient des caractères épouvantables ! Aujourd'hui, les chefs d'équipe que je connais sont loin d'être des tueuses. »
Florence PITARD.
La Fête de la science du ministère de l'Enseignement et de la Recherche propose du 17 au 23 novembre ateliers, rencontres, expositions. www.fetedelascience.fr
(1) Chiffres Commission européenne 2006.