Il est le directeur général du Fonds africain de garantie et de coopération économique depuis 2002. (1)
L'impact de la crise financière a-t-il déjà atteint l'Afrique ?
L'Afrique étant faiblement intégrée à l'économie mondiale, l'impact de la crise va être très sensible, surtout dans les pays enclavés et au Sahel. Il va y avoir, parallèlement à la hausse des coûts du fret, une baisse de la demande des produits d'exportation : le café, le cacao, le coton... La pêche aussi va être touchée. Avec une diminution des recettes d'exportation, notre balance des paiements va en souffrir. Les pays du Nord étant préoccupés par le sauvetage de leur système, on peut aussi craindre une raréfaction des investissements directs et de l'aide au développement. En plus, notre secteur des PME-PMI est très fragile et les mesures d'accompagnement prévues ne seront pas financées.
Quelles solutions envisager ?
Nous, Africains, devons apprendre à nous prendre en charge. Il y a cinquante ans que nous sommes indépendants et toutes les politiques qu'on nous a dictées ont échoué. Il faut d'abord que nous comptions sur nos propres forces. Prenons l'exemple du Togo : il a été privé de l'aide internationale pendant presque deux décennies. Or, il n'y a pas eu de famine au Togo, les populations ne sont pas mortes de faim. Il y a aussi des succès en Afrique, en particulier en matière d'épargne. Le système de la tontine peut être étendu à des secteurs créateurs de valeur ajoutée. Plutôt que d'utiliser l'argent de ces tontines à des dépenses somptuaires : funérailles, mariages..., les fonds épargnés pourraient être investis dans le développement. Il y a aussi l'argent des émigrés qui fait vivre certains pays. L'État ne pourrait-il pas en profiter aussi ?
Quelle est la marge d'action d'un organisme comme le Fagace ?
Nous sommes spécialisés dans la garantie des investissements privés et même publics. Nous apportons notre garantie à deux cents projets dans l'agro-industrie, les télécommunications et l'énergie, ce qui représente 1,5 milliard d'euros d'investissement. Mais la situation n'est pas aussi reluisante qu'il y a cinq ans. Nos capacités d'intervention sont de plus en plus limitées. Des filières sont mal en point : café, cacao..., et nous avons eu des sinistres dans des pays comme la Côte d'Ivoire, le Bénin et le Burkina. Aujourd'hui, il nous faut mobiliser d'autres ressources que j'estime à 800 millions d'euros. Ce sera compliqué.
Recueilli par
Philippe CHAPLEAU.
(1) Le Fonds africain de garantie et de coopération économique est financé par quatorze pays. Aujourd'hui, ses capacités d'intervention sont saturées.