Féminiser les noms de métiers, une gageure
Valérie Brunetière. Photo : OF
Les résistances à cette évolution de la langue restent tenaces. Tant du côté des femmes que des hommes.
Il y a cette romancière qui ne veut pas être « écrivaine ». Cette juriste qui se dit « avocat ». Et que dire de cette femme qui s'intitule « directeur artistique » de l'opéra d'une ville ? La féminisation des noms de métiers, quel chantier ! Et depuis plus de vingt ans ! Demandée par Yvette Roudy, première ministre des Droits de la femme. Accordée par Laurent Fabius dans une circulaire restée sans effet, en 1986. Relancée par décret en 1999 par Lionel Jospin. Mais... refusée par l'Académie française !
Valérie Brunetière, elle, n'a pas hésité une seconde lorsqu'en 2006 seulement, l'université de la Sorbonne lui a laissé le choix. Sur sa carte de visite, elle est donc « maîtresse de conférence » (en sciences du langage). Et se passionne pour cette question : « Il n'y a aucun obstacle linguistique. Ce qui bloque, c'est l'idéologie. » Qui veut qu'une fonction, énoncée au masculin, semble avoir plus de poids que la même au féminin.
Un bourreau, une bourrelle
Anne-Marie Houdebine, qui a rédigé la circulaire de 1986, le notait déjà : « La résistance à la féminisation des noms de métiers vient autant des femmes que des hommes et autant de la gauche que de la droite. » La France, à cet égard, traîne en queue du peloton francophone. Au Québec, on parle des « Droits de l'homme et de la femme ». Et la Suisse a publié un Dictionnaire féminin masculin des professions, titres et fonctions dès 1991.
Alors, quand le Festival du Scoop et du journalisme, qui commence aujourd'hui à Angers, annonce le thème de sa 23e édition, « La femme... acteur du siècle », Valérie Brunetière fait des bonds ! « Dire « actrice » aurait évoqué le cinéma », justifie Alain Lebouc, le directeur du Scoop.« Balivernes ! », répond la féministe, elle-même angevine : « On ne confond pas cadre supérieur et cadre de vélo. C'est le contexte qui permet d'élucider le sens ! » D'autant plus dommage, ajoute-t-elle, que les journalistes féminisent de plus en plus les noms de métiers.
Anne-Marie Houdebine le rappelle : « Au Moyen Âge, on disait un bourreau, une bourrelle. » La langue s'est figée au XIXe siècle. Aux femmes et aux hommes du XXIe de la faire évoluer !
Claudine QUIBLIER.
À lire : La féminisation des noms de métiers, d'Anne-Marie Houdebine, chez L'Harmattan, 196 pages, 16,80 €.
Un guide d'aide à la féminisation a été publié en 1999 à la Documentation française, sous le titre Femme, j'écris ton nom. Il estaccessible sur Internet.