
La trentaine, cheveux crépus en bataille, allure d'ado, le Burkinabé vient de terminer l'installation de ses photos. Il est l'un des invités de l'exposition L'homme est un mystère 3, troisième rendez-vous de l'art contemporain africain, organisé tous les deux ans, à Saint-Brieuc.
« L'ombre élimine l'apparence »
Dicko a 4 ans quand il commence à dessiner. Il est berger et trace les ombres de ses animaux sur la terre du Sahel. « Je cherchais à acquérir quelque chose sans chercher à comprendre. J'aimais ces moments de solitude, cette proximité avec la nature. » À l'âge de 9 ans, après l'école coranique, il part à Ouagadougou, la capitale, pour apprendre le français. Dicko est curieux.
Durant ses heures « d'école buissonnière », il arpente la ville, cire les chaussures, gagne un peu d'argent et improvise déjà des projections d'ombres. « Je dessinais des animaux. Ensuite, je les découpais pour les projeter sur un fond blanc à l'aide d'une ampoule. Je faisais payer 5 francs CFA la séance ! »
Adulte, il improvise une galerie, chez lui, avant de partir à la découverte de l'autre, en Afrique : Togo, Bénin, Mali, Niger, Ghana, Côte d'Ivoire, le Sénégal où il pose son sac en 2005.
À Dakar, il prend ses premières photos d'ombres. « L'ombre est une façon d'unir tout le monde et d'éliminer l'apparence. Une personne est une personne. Cela peut être un noir, un blanc, un pauvre, un riche, un enfant, un homme, une femme... »
Le photographe choisit d'abord le fond, la matière, un mur de pierre, de tôle, des fûts de métal... la lumière, plus douce en fin d'après-midi. Équipé seulement d'un petit appareil photo numérique, il feint de jouer à la Game Boy pour mieux voler les ombres des passants.
Le résultat est surprenant et intéresse au Japon, en Europe... Pour la première fois, début décembre, Dicko exposera aussi dans son pays, le Burkina Faso. « L'un des pays pauvres d'Afrique, qui n'a pas la chance de posséder de ressources naturelles. Mais c'est un pays ouvert à la culture (à l'image du festival de cinéma panafricain Fespaco qui se tient toutes les années impaires à Ouagadougou depuis 1969, NDLR). C'est une autre forme de richesse, humaine, celle-ci. »
Véronique CONSTANCE.
L'homme est un mystère 3, dans divers lieux de Saint-Brieuc, jusqu'au 25 janvier. Vidéo, sculptures, peintures, photographies d'artistes contemporains africains. Organisé par l'Office départemental de développement culturel des Côtes-d'Armor. Rens. : 02 96 62 21 10.