Des opposants russes à Ouest-France
Alexandre Podrabinek : « Que les pays démocratiques ne se divisent pas face à Moscou. » : David Adémas
L'Occident doit agir pour les droits de l'homme en Russie. Des opposants l'ont dit à Ouest-France, à l'occasion du colloque « D'autres Russies » (1).
« L'Occident doit cesser d'être hypocrite et lâche. Il doit arrêter de rechercher son petit confort. Si vous avez des valeurs universelles, il faut les respecter. Mais vous en avez fait un instrument politique (...). Vous ne faites que calculer ! » Ainsi s'exprime Sergueï Kovalev. Cet opposant russe, ami de Sakharov, a été condamné à sept ans de camp. C'était en 1975. Depuis, il n'a cessé de se battre en faveur des droits de l'homme.
Il était, hier, au journal Ouest-France, à l'occasion d'un colloque organisé par l'université Rennes 2 sur l'autre Russie (1). Celle qui est persécutée et dont personne, ici, ne soupçonne l'existence. A côté de Sergueï Kovalev, Natalia Gorbanevskaia, journaliste et poète. Enceinte, elle fut transférée de force dans un hôpital psychiatrique. Alexandre Podrabinek, connu pour son combat contre les internements psychiatriques forcés. Il collabore, aujourd'hui, à la revue Novaïa Gazéta. Zoïa Svetova, journaliste, engagée dans la lutte pour libérer les prisonniers politiques russes.
La société civile étouffée
Ces hommes et ces femmes, en parlant ouvertement, font preuve d'un immense courage. La vie de Sergueï Kovalev est souvent menacée. Son nom apparaît régulièrement sur la liste noire des « ennemis à éliminer » ! Leurs paroles vont droit au but.
Ils appellent l'Occident à promouvoir la liberté et le respect des droits de l'homme en Russie : « L'Occident ne doit pas reconnaître comme partenaires ceux qui sont en train d'étouffer les libertés civiles, explique Alexandre Podrabinek. La Russie est gouvernée par une corporation de gens qui cherchent leur intérêt et sont prêts à violer les lois pour garder le pouvoir.»
« Les pays démocratiques peuvent agir en intervenant en faveur des prisonniers politiques lors des négociations commerciales, » souligne Zoïa Svetova. Face aux agressions de la Russie, en Géorgie ou ailleurs, « il faut opposer à l'agresseur, l'unité des pays démocratiques », explique Alexandre Podrabinek. Car les divisions ouvrent la porte à des escalades très dangereuses.
Les droits de l'homme, et pas seulement le commerce
Enfin, les pays démocratiques doivent être attentifs à la société civile qui a pris son envol, voici dix ans : «Maintenant elle est étouffée à nouveau. Le Kremlin veut la construire d'en haut mais elle ne peut naître que d'en bas. Les obstacles viennent du Kremlin et des lois nouvelles qui empêchent la société civile de s'épanouir. Mais si le pouvoir ne leur faisait pas obstacle, elle se développerait », explique Natalia Gorbanevskaïa. Elle invite les journalistes à se rendre dans les provinces russes « pour parler des efforts faits par les gens pour créer cette société civile sans laquelle aucune opposition politique n'est possible. »
À l'heure où l'Union européenne veut développer le commerce avec la Russie, ces opposants espèrent que les politiques européennes intégreront le respect des droits de l'homme et l'instauration de la Liberté comme une composante essentielle de la politique de l'Ouest.
Jeanne-Emmanuelle HUTIN.
(1) Ils parleront aujourd'hui au colloque « D'autres Russies » à l'université Rennes 2, place du Recteur Henri-Le Moal.
A lire : « Les ingénieurs des âmes en chef », de Cécile Vaissié, éd.Belin