Décidément, Mehdi Baala n'y arrivera pas
Le corps n'a pas suivi. Un manque de physique, manque de récupération, Mehdi Baala a, une nouvelle fois, échoué. À terre et déçu, il devra s'interroger sur la suite à donner à sa carrière. : AFP.
Athlétisme. 4e au 1 500 m. Le rêve olympique de Mehdi Baala s'est une nouvelle fois brisé hier à Pékin. Comme il y a huit ans à Sydney.
PEKIN (de l'un de nos envoyés spéciaux). Cinq centièmes de seconde. La longueur d'une main. Celle qu'il a failli mettre sur la médaille de bronze. Mais c'est raté pour Mehdi Baala, une nouvelle fois renvoyé à ses illusions olympiques. 4e en 2000 à Sydney, éliminé en série il y a quatre ans, et encore 4e hier, dans la foulée de l'inattendu Néo-Zélandais Willis.
Drôle de finale, curieuse course que ce 1 500 m mené à bonne allure. Le Français, jusque-là toujours anonyme dans le peloton, semblait avoir course perdue à l'amorce du dernier tour, recalé en avant-dernière position. Mais, il est parti aux trousses de ses concurrents, qu'il a dépassés un à un. « J'accélère, j'en reprends un, deux, trois, je me dis que je vais y arriver. Mais non, j'échoue à cinq centièmes du podium olympique. » Et je m'affale tout du long sur la piste d'arrivée.
À ce moment-là , il est vraiment convaincu d'avoir terminé à la place du con. « J'aurais peut-être été plus satisfait si j'avais fini 5e. » Le temps fera sans doute son oeuvre pour amortir le choc. Encore que. Son entraîneur, Jean-Michel Dirringer, s'interroge. « Sa déception sera très forte, surtout au vu de ce sprint désespéré. S'il l'avait déclenché un peu plus tôt, peut-être l'aurait-il eue sa médaille. »
Londres n'est pas si loin
Avec des si. Le coach regrette aussi la blessure qui a retardé, pendant l'hiver, le plan de travail foncier. Parce que ce titre olympique s'est joué sur la récupération. Il a fallu disputer trois courses en cinq jours, le résultat a souri à ceux qui ont le mieux digéré cette succession d'efforts. « Quand vous faites un 1 500 mètres de très haut niveau, personne ne peut récupérer en 48 heures. Du moins pas ceux qui fonctionnent à l'eau claire. » Il n'est pas surpris de voir le Bahreini Ramzi empocher ce titre qui lui était promis. « Il est le plus fort de ce tournoi. »
Pourtant, Mehdi Baala était sûr de sa force, lui aussi. À l'épreuve de la course, il vérifiera qu'il s'agissait bien d'une illusion. « Cela n'était pas un problème mental, mais physique. »Il assure ne s'être jamais senti aussi « warrior » dans sa tête. Mais le reste du corps n'a pas suivi. « On peut être le plus fort des guerriers, quand les jambes ne suivent pas... »
Très vite, il va devoir s'interroger sur la suite. Il a 30 ans, l'horizon olympique s'obscurcit pour lui. « Quatre ans, c'est loin. Je viens de vivre quatre années très difficiles depuis les Jeux d'Athènes. Avec beaucoup de sacrifices, familiaux surtout. Pour en arriver là ... » Il voudrait avoir la vie de tout le monde. Celle d'un père qui est un peu plus souvent à la maison. Pour réveiller sa fille, l'emmener à l'école, jouer avec elle et même la réprimander si besoin. Alors, la fin de l'aventure pour bientôt ? « Mon rêve était de devenir champion olympique. On ne réalise pas toujours ses rêves. »
Pourtant, il se dit aussi que Londres 2012, cela n'est finalement pas si loin. Dans le temps, et géographiquement. « J'habite Lille. » Si l'Eurostar pouvait lui donner la recette pour courir plus vite.
Pierre FORNEROD.